(publié en Allemand le 2. novembre 2026 par Walter Grobe, traduction francaise par Google, corrigée par l’auteur)
En réalité, les personnes correspondant approximativement à la définition de la « génération Z » — c’est-à-dire les 15-30 ans — n’ont pas été au rendez-vous du rassemblement de Dortmund, qui escomptait (et avait annoncé) une affluence bien plus importante (« 5 000 » personnes).
On ne comptait qu’environ 700 à 800 participants, dont peut-être la moitié étaient des personnes plus âgées. Quant aux plus jeunes, ils ne semblaient guère être autre chose que les supplétifs des organisations politiques de la « gauche » traditionnellement actives à Dortmund. L’idée que des milliers de jeunes — lycéens ou étudiants, par exemple — se seraient déplacés, mus par un nouvel intérêt pour la politique et la volonté de porter leurs revendications sur la place publique, est restée un vœu pieux.
Je n’ai entendu qu’une partie des interventions ; elles ne donnaient, tout au plus, qu’un aperçu très partiel d’une volonté d’analyser en profondeur les manifestations et les causes du déclin du système scolaire et éducatif — un phénomène qui, semble-t-il, est constaté et dénoncé avec une telle netteté et une telle ampleur en France.
Il existe effectivement, un peu partout, des « écoles en ruine » — si l’on s’en tient aux bâtiments et à leur entretien —, bien qu’il en existe aussi d’autres (du moins en Allemagne) qui sont maintenues en bon état ou qui ont été récemment construites. Mais, à mon sens, il faudrait surtout souligner que le système scolaire, dans son ensemble, remplit de moins en moins sa mission éducative. Certes, on peut — et on doit — réclamer une meilleure prise en charge psychothérapeutique ; mais si les causes des troubles psychologiques dont souffrent de nombreux élèves résident au sein même du système scolaire, alors ce sont ces causes qui devraient être au cœur du débat.
D’ailleurs, quel élève n’a pas déjà constaté qu’une part importante des cours est constamment annulée, et que des parts entiers du programme requis pour les examens ne sont tout simplement pas abordés, ou ne le sont que de manière très superficielle ? On m’a rapporté des cas où des jeunes de quinze ans ont dû suivre un traitement psychiatrique, craignant, face à la désorganisation de l’enseignement, de ne pas réussir à obtenir leurs diplômes.
Les plaintes émanant des universités ou des établissements de formation ne sont-elles que des phénomènes marginaux ? Ou bien ne constate-t-on pas, à juste titre et de manière généralisée, une tendance inquiétante : la maîtrise insuffisante, chez beaucoup, des compétences culturelles fondamentales ; un manque de connaissances de base sur la nature et la société ; et l’incapacité, pour nombre de jeunes, à appréhender des textes complexes — ainsi que les problématiques qu’ils soulèvent — et à s’y confronter ? Lors du passage de l’école primaire au secondaire, on observe, en bien des endroits, que les opérations arithmétiques élémentaires ne sont même plus correctement maîtrisées ; quant à la capacité de lire et de comprendre, ne serait-ce que des textes informatifs simples, elle fait tout bonnement défaut chez beaucoup d’enfants de dix ou onze ans.
À mon sens, les interventions lors du rassemblement de Dortmund ont mis l’accent sur des enjeux tels que le service militaire, la préparation à la guerre, ainsi que sur le coût élevé des loyers et du niveau de vie. La mobilisation de la jeunesse en vue de conflits futurs contribue, bien entendu, à assombrir les perspectives d’avenir des adolescents ; du point de vue des finances publiques, ce phénomène est d’ailleurs lié au délabrement du système éducatif. Toutefois, même avant que l’économie et les budgets publics ne soient réorientés vers l’armement et la préparation à la guerre — une réorientation qui, jusqu’à récemment, était bien moins marquée qu’elle ne l’est devenue ces dernières années, depuis la guerre en Ukraine —, la dégradation profonde du système éducatif était déjà perceptible et en cours depuis longtemps.
Lorsque des États dégradent, de manière généralisée et depuis des décennies, la formation de leurs jeunes générations, cela en dit long sur la vision que les élites dirigeantes de ces pays entretiennent — ou souhaitent entretenir — quant à l’avenir de la majeure partie de leurs citoyens : ils les imaginent, ou veulent qu’ils deviennent, plus stupides, plus dépendants et plus pauvres. C’est tout le contraire de ce que des pays comme la France ou la République fédérale d’Allemagne promettaient autrefois — et qu’ils continuent, par pur automatisme, de répéter comme un mantra : une population plus instruite, mieux protégée socialement et plus apte à exercer la démocratie.
Or, une population moins instruite, de plus en plus dépendante de l’assistance publique et contrainte, par nécessité, de renoncer progressivement à ses droits démocratiques, est plus facile à gouverner, plus aisée à exploiter par le capital et, par conséquent, plus facile à sacrifier dans des guerres.
Lorsqu’on évoque le système éducatif pour en critiquer les défaillances, il convient au moins d’envisager de tels liens de causalité ; il serait illusoire de croire que quelques manifestations — contre le service militaire ou contre le groupe immobilier Vonovia, par exemple — touchent au cœur du problème ou puissent réellement changer les choses.
Pour en revenir au rassemblement qui s’est tenu aujourd’hui à Dortmund : le fait qu’il ait suscité si peu d’adhésion peut s’expliquer par diverses raisons — que j’ignore et ne saurais connaître, si ce n’est par simples suppositions subjectives. L’une d’elles pourrait être que la « génération Z » ne se sent pas — et ne peut pas se sentir — attirée par cette dynamique surannée, totalement déphasée, portée par les principaux porte-parole et organisateurs de l’événement.
Je n’exclus pas la possibilité que la « génération Z » — en Allemagne — apprenne à formuler ses propres positions politiques de manière autonome ; je n’exclus pas non plus que, au sein des partis et organisations traditionnels — comme le parti « Die Linke » ou le syndicat « GEW » — certains individus parviennent à insuffler une nouvelle dynamique. C’est ce que j’espère, mais espérer ne suffit pas : on peut tout aussi bien espérer voir 5 000 personnes sur une place, et constater qu’elles ne viennent finalement pas.
Soit dit en passant : le sigle « GEW » signifie « Syndicat de l’éducation et de la science » (*Gewerkschaft Erziehung und Wissenschaft*). Il aurait dû, à un moment donné, formuler une critique suffisamment incisive pour rompre ses liens étroits avec le SPD et les Verts — alors, peut-être ne serait-il pas si méconnu de la génération Z.